Les deux vies de Philippe Croizon

Peu d’êtres ont l’opportunité de vivre deux vies en une seule. À bien y réfléchir, bien peu d’entre nous parviennent à en vivre une seule pleinement. Philippe Croizon est de ceux-là. Autant dire : un privilégié. Le mot peut sembler fort lorsqu’il s’agit d’évoquer un homme amputé des quatre membres… Convenons-en, il porte une part de provocation ; de celle dont Philippe use si souvent - mais toujours avec bienveillance - pour surprendre ses interlocuteurs, les déconcerter et finalement « rompre la glace ». C’est sa façon de jeter des passerelles, de lancer des ponts. Parce qu’il a pris toute la mesure de l’océan séparant le monde des valides de celui des handicapés, Philippe Croizon s’acharne à le traverser. Avec cet espoir jamais dissimulé : n’être plus seulement vu comme un handicapé, mais aussi et surtout regardé comme un être humain.

Longtemps, sa biographie a débuté par ces dix mots : « Le 5 mars 1994, Philippe Croizon voit son destin basculer… » Le préambule incontournable de la chronique d’une existence foudroyée par un cas d’électrocution rarissime ; le récit d’un corps traversé par 20 000 volts pendant vingt minutes ; l’histoire brutale et cruelle d’une brûlure, d’une déchirure. Longtemps Philippe a cru bon de rappeler d’où il venait… sans doute pour permettre à chacun de mesurer le chemin parcouru. Dans son cas, vivre - doit-on dire survivre ? - tient déjà de l’exploit. Subir une centaine d’heures d’intervention chirurgicales (et autant d’anesthésie), ingurgiter des tonnes de médicaments, endurer des souffrances physiques et morales indescriptibles, surmonter à deux reprises les tentations du suicide… Une bonne douzaine d’années de galères que le mot « calvaire » suffit à peine à illustrer. Et depuis, Philippe Croizon a fait encore plus.

Premier athlète français aussi lourdement handicapé à traverser la Manche à la nage, puis à relier les cinq continents en traversant quatre détroits : Gibraltar, Bering, La Mer Rouge, la Papouasie. Autant d’étapes auxquelles la plupart des valides n’osent pas même songer. Autant de paliers que Philippe n’aurait sans doute pas envisagé franchir du temps où il possédait sa pleine intégrité physique…

Philippe Croizon

Le témoignage d’un humain transcendé par la souffrance diront certains… La preuve des ressources insoupçonnées que chacun recèle en soi, rétorquera Philippe Croizon. Le tout affirmé sans pathos, sans la moindre tentation de faire la morale ou de donner la leçon…

On ne se refait pas… Philippe n’a jamais eu l’âme d’un prêcheur, plutôt celle d’un farceur. Rire de tout… Et si possible avec tout le monde ! Tel est son credo. Rire de son handicap, pour le dépasser certes, mais aussi pour alléger le propos et mettre à l’aise ses interlocuteurs. L’humour vécu comme un antidote, l’autodérision comme une panacée. Aujourd’hui, dans la philosophie de Philippe Croizon, il n’y a place que pour le bonheur… « Osons être heureux aux yeux de tous !… » C’est, en substance, le message d’un homme qui sait d’expérience qu’allégresse et plaisir sont des sentiments qui ne s’usent que si l’on ne s’en sert pas. Alors Philippe partage. Il a mis son expérience, sa conviction, son énergie au service de qui souhaite en profiter.

Il intervient régulièrement en entreprise pour témoigner de la réalité du concept de résilience, pour répéter inlassablement que chacun de nous est capable de déplacer des montagnes, de renverser le sort. La moindre de ses interventions, bouleversantes d’humour et d’émotion, marque ceux qui y assistent à jamais. Peu à peu, elles contribuent également à faire évoluer le regard que la société porte sur le handicap. À elle seule, la façon dont les médias narrent son odyssée en témoigne largement…

La terminologie évolue, l’évolution sémantique est palpable. Du « quadri-amputé », on est désormais passé au « sportif de haut niveau », au « nageur de l’extrême », à « l’aventurier du bout du monde »,…

C’est tout sauf anodin.

Philippe a d’ores et déjà relevé son plus grand défi. Celui qui a donné un titre à son premier livre : « J’ai décidé de vivre ». Lui-même se déclare « réinséré, homme à part entière, profitant de la vie comme elle le mérite. » Même si, selon ses propres termes, « il lui manque quelques morceaux ». Il lui reste, c’est heureux, quelques chevaux de bataille.

L’insuffisante accessibilité, le déficit de structures et de personnel d’accueil pour permettre aux enfants handicapés de poursuivre leurs études, et le fait que handicap rime encore si souvent avec pauvreté. Et, par-dessus tout, une dynamique d’homme de défis insatiable qui pousse à achever ce récit non par un simple point final, mais par quelques points de suspension…

A suivre, donc…

 

Le 16 décembre 2011

Philippe Croizon est fait chevalier de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy, Président de la république française.

Le 14 octobre 2012

Lors 21e Festival international du film d’aventure de Dijon, Philippe Croizon reçoit la Toison d’Or de l’aventurier de l’année. Ce prix récompense un aventurier, une aventurière ou une équipe dont l’expédition s’est distinguée par son engagement et son authenticité.

Le 17 novembre 2012

À l’occasion du Festival du film d’aventure de La Rochelle, le Grand Prix du public est attribué à « Nager au-delà des frontières ».

Le 30 novembre 2012

Philippe Croizon remporte le prix Sport Scriptum 2012 (Prix du livre sportif de l’année) pour son ouvrage « J’ai traversé la Manche à la nage ».

Le 12 décembre 2012

Trophée d’honneur des Champions des Champions  
 

Philippe Croizon reçoit le Trophée d’honneur des Champions des Champions, décerné par le journal L’Équipe pour avoir relié les cinq continents à la nage.

Retour en haut de page

Bio